Etudes – Les Caïdons par Gilbert ACCHIARDI, Président du Cercle Numismatique de Nice

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LES CAÏDONS

Louis XIV qui avait placé la Martinique sous l’autorité de la Compagnie des Indes Occidentales en 1664, va définitivement la rattacher à la couronne par un édit de décembre 1674. L’île fut attaquée de nombreuses fois par les Anglais et les Hollandais en 1667, 1674, 1693, 1762, 1790 et 1809. Ce n’est qu’en 1818 que les Britanniques l’évacuent définitivement.

Les caïdons sont des jetons monétaires privés des centrales sucrières de la Martinique (les habitations ou plantations) dans la deuxième moitié du XIXème siècle et au début du XXème .“Caï” viendrait de maison, en créole, et “don” de ce que l’on donne (mot d’origine indienne).

A cette époque, les exploitations agricoles, particulièrement celles de la canne à sucre, travaillent au service de la métropole française. L’éloignement de l’Europe s’accompagne de pénurie d’espèces nécessaires aux transactions quotidiennes d’achat et de vente au détail. Les monnaies disponibles ont un pouvoir libératoire très supérieur à la quantité de marchandises pour les besoins journaliers, ceux pour lesquels on ne peut acheter en gros ni d’avance.

Ce manque de petite monnaie fut à l’origine de l’invention de signes monétaires privés. Les premiers jetons de centrale sucrière présentaient pour le propriétaire l’avantage de retenir le travailleur de la canne en tant que client, et souvent en débiteur de la boutique de “l’habitation”. Puis vint l’abolition de l’esclavage proclamé le 8 mai 1848 à Saint-Pierre de la Martinique. L’esclave libéré devint dépendant de la plantation du fait de sa dette, ou du fait que la somme qu’il pouvait détenir n’avait de valeur que dans les limites de l’entreprise. Du joug esclavagiste, il passa sous le statut de la loi bourgeoise, sans changer finalement de maître.

Bien que réduite, la circulation de ces monnaies privées déclencha les protestations de la part des commerçants indépendants, car “la boutique d’entreprise”, dégrevée d’impôts, bénéficiait d’une situation de monopole, grâce à la valeur exclusivement locale du “caïdon” distribué pour le paiement de la force de travail.

De plus, la plupart des ouvriers des sucreries avaient besoin d’argent pour leur subsistance quotidienne et ne pouvaient donc attendre la fin du mois.
Le propriétaire de “l’habitation” leur avançait donc des acomptes sous forme de caïdons.
Lors du paiement du salaire mensuel, on décomptait automatiquement la somme due au magasin, ce qui assurait à ce dernier la récupération des avances versées.

En cas de maladie ou de mise à pied, la sucrerie informait immédiatement le magasin afin de ne plus consentir de crédit. A la fin du mois, il était fréquent que l’ouvrier agricole perçoive en espèces moins de 10 % de son salaire réel, le reste étant déduit comme dettes au magasin de l’habitation. Ces jetons monétaires sont des pièces de cuivre, de zinc, de cuir ou même de carton, frappées du sceau de la plantation avec son nom et la valeur en centimes.
Leurs formes hexagonales, rondes percées, octogonales ou carrées les différencient souvent de la monnaie officielle en cours et accentuent leur caractère de jetons.

CONCLUSION

Utilisés pour régler des avances sur salaire, on trouvait des spécimens identiques de caïdons dans toutes les Antilles jusqu’à Cuba et Porto Rico, en particulier dans les plantations de canne à sucre, mais aussi de café et de bananes, ou bien, pour payer le débarquement du charbon.
Ils permettaient l’approche d’une société avec les réalités lointaines du passé. Le catalogue “Gadoury-Cousinié” des monnaies coloniales françaises montre la complexité de la numismatique coloniale.
Qui dressera un répertoire des “caïdons” antillais ?

 

BIBLIOGRAPHIE
– Gadoury-Cousinié : Monnaies coloniales françaises.
– Régis Antoine : L’histoire curieuse des monnaies coloniales (Editions ACL Nantes – 1986).
– Cuba à travers sa monnaie (Banque nationale de Cuba – Editions Sand – Paris – sans date – année 1980).
– Catalogue de l’exposition : “Echanges et monnaies à la Martinique, des Amérindiens… à l’Euro”. Novembre 2001 à février 2002.

 

Source : http://www.numismatiquenice.eu/page_25.html

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Laurent Nesly

Auteur de plusieurs études et collectionneur actif (rationnement, cartes nominatives, cartes à jouer, bienfaisance, jetons publicitaires, vieux papiers).

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