Répertoire des jetons à sardines / conserverie

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UNE CURIEUSE MONNAIE : LES JETONS A SARDINES
L’activité entière de Concarneau, sa raison d’être et son unique richesse a, depuis toujours, été la pêche. C’est aux XIX ème et XX ème siècles qu’elle connaîtra son plus spectaculaire essor, grâce surtout à ce poisson minuscule mais pourtant le plus universellement connu : la sardine. Avec sa trentaine de « sardineries » le nom de Concarneau sera connu sur tous les continents. A cette époque et jusque dans les années 30 circulait alors dans chaque port sardinier une monnaie spécifique aujourd’hui oubliée : les jetons de sardines.

Un étrange mode de comptage
De nos jours, le poisson quel qu’il soit est vendu par le pêcheur au poids (ou au coffre, ce qui revient au même, chacun contenant un poids approximatif étalonné à l’avance). Il n’en était pas ainsi jusqu’au premier quart du XXème siècle. Bizarrement, deux poissons faisaient exception : le plus gros, le thon, vendu à l’unité et le plus petit, la sardine, vendue « au mille ». Si ce comptage était relativement rapide pour le thon, il n’en allait pas de même pour la sardine, surtout quand le bateau en rapportait 10, 20 000 ou davantage !

Par ce procédé ancestral, le pêcheur avait l’impression d’être moins berné par l’usinier car il comptait lui-même ses prises avant de les livrer. Une fois le prix du « mille » conclu avec l’acheteur, l’équipage dénombrait ses poissons cinq par cinq et les empilait au fur et à mesure dans des paniers ronds qui pouvaient en contenir 200 chacun. Un panier à chaque bras, les matelots entamaient alors un long va-et-vient entre la barque et l’usine, pour livrer la pêche entière au plus vite. C’était un étonnant spectacle que ces files de marins se croisant en un fébrile grouillement de fourmilière affairée.

Les conserveurs battent monnaie
Lorsque la pêche donnait à plein, impossible de payer sur-le-champ chaque arrivage de deux paniers. Les conserveurs avaient donc institué une monnaie, différente pour chaque usine, qui faisait office de paiement provisoire. Ces pièces en alliage de zinc et de plomb ou en bronze à faible titrage portaient le nom de la maison et l’indication « 200 sardines » ou « 400 sardines ». Certaines précisaient le moule (taille) du poisson.
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Cette pratique évitait toute contestation sur les quantités livrées. Elle présentait aussi l’avantage de ne pas avoir à manipuler d’argent, et surtout de billets, en cours de livraison. Peut-être aussi certains matelots étaient-ils moins tentés d’oublier une ou deux pièces au fond de leur poche. De retour au bateau, le maître de chaloupe collectait les jetons. En fin de semaine, il se rendait à l’usine et recevait, en espèces, la somme correspondante. Le partage se faisait ensuite dans quelque arrière-salle de café : la moitié de la somme était mise de côté pour l’entretien du bateau et l’achat de rogue, puis 1 part et demie pour le patron, 1 pour chaque homme, ½ pour le mousse.

Les poids chassent les jetons

Les usiniers fixant entre eux le prix d’achat de la sardine, ils n’étaient jamais perdants. Quant au pêcheur qui devait vendre au plus vite un poisson qui se conservait mal, il ne pouvait guère marchander. Sa hantise était le bon moule et la bonne quantité de sardines pêchées. S’il y en avait peu, le rapport était maigre, s’il y en avait trop, l’acheteur cassait les prix !

Mais cette vente au « mille », si elle rassurait les marins, présentait de sérieux inconvénients. Elle nécessitait une manipulation supplémentaire du poisson déjà fragile, et surtout elle entraînait une perte de temps avant la livraison. A la veille de la première guerre mondiale, les conserveurs essaient de convaincre les pêcheurs de leur vendre la sardine au poids. C’est un tollé général : on ne change pas ainsi une tradition séculaire. Mais le progrès pousse à la roue. Comme pour les filets tournants remplaçant peu à peu les antiques filets droits, la vente au « mille » est finalement abandonnée. Dans les années 30, pratiquement tous les conserveurs avaient imposé la pesée des sardines livrées. Des caissettes de bois remplaçaient les paniers et les derniers jetons de sardines furent rangés au fond des placards. Ainsi disparaissait cette étrange monnaie qui, pendant un demi-siècle, avait représenté pour les pêcheurs l’argent de leur travail.

Michel GUEGUEN.
Vente-de-la-sardine

 

 

Source : http://filetsbleus.free.fr/retros/jetonsasardines.htm

Laurent Nesly

Auteur de plusieurs études et collectionneur actif (rationnement, cartes nominatives, cartes à jouer, bienfaisance, monnaie de nécessité, vieux papiers).

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