Collections – Les boîtes de forcat

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La question restera sans réponse…puisque toutes les hypothèses ont été posées, qu’elles sont toutes  pertinentes, sans toutefois assurer une réponse unique et irréfutable !

Des argumentations convaincantes il y en a pourtant, et toutes sont séduisantes.

Ces boites-monnaies de bronze, fabriquées généralement à partir d’un modeste décime de Dupré, ou d’un décime de Strasbourg, sont rares, et d’une fabrication complexe et soignée.

Le décime était alors la seule monnaie de petite valeur suffisamment grande et épaisse pour dissimuler son secret.

On les disait issues du bagne, ou elles avaient pu être fabriquées ou plus probablement y avaient-elles pénétré dans la poche d’un condamné, qui avait pu cacher ainsi une pièce d’or, destinée à financer son évasion ou, pour le moins, considérablement améliorer son ordinaire.

Lorsque la révolution a enfermé la presque totalité de la noblesse dans les geôles de la Conciergerie, c’est dans ces pièces de petites valeurs, de cuivre ou de bronze, qui échappaient à une fouille sévère qu’il était possible de dissimuler une monnaie d’or.

Il fallait généralement deux pièces d’un décime pour effectuer un travail soigné.

On rencontre, principalement pour le décime de Dupré un avers et un revers en concordance, qui peut abuser celui qui l’observe attentivement.

Mais on trouve aussi des monnaies dont les deux faces ne sont pas en concordance entre les lettres d’atelier, les dates et les différents des graveurs, ce qui veut dire qu’avers et revers provenaient de deux monnaies différentes, et le plus souvent incompatibles. Mais heureusement, les responsables de la fouille n’étaient pas nécessairement des numismates et ils n’y voyaient que du feu !

La CGB proposait dans un catalogue de vente une telle boite, constituée des deux avers de deux décimes différents, qui possédait sur une face, le L de Louis XVIII et sur le Revers le N Napoléonien. Etait-ce une simple erreur, ou était-ce voulu par son concepteur ? Etait-ce aussi une volonté de marquer son ralliement au nouveau régime ?

La même CGB proposait au même catalogue de vente, une très intéressante boite, composée des deux avers de deux décimes de Strasbourg, elle semblait rendre hommage au roi Louis XVIII, puisque les L couronnés figuraient de part et d’autre.

Quand il s’agit, comme on en trouve rarement, d’une boite fabriquée dans un métal plus précieux, or ou argent, elle n’était évidemment pas faite pour éviter une fouille, puisqu’elle aurait immédiatement été confisquée.

Vous pouvez tout de même voir sur la photo en bas de la page précédente, une 10 centimes Cérès en cuivre, qui contenait un demi-louis de 10 F. C’est un travail d’artiste que de fileter un pas de vis et superposer l’avers le revers et la monnaie d’or dans une  épaisseur voisine de deux millimètres !

C’est une rareté car, quand il s’agit d’une 10 cts en bronze du type Cérès ou à l’effigie de Napoléon III, son épaisseur est insuffisante pour y cacher un Louis d’or. Il s’agissait dans les deux cas d’une boite à secret, dans laquelle on pouvait glisser un message, un mot doux et même comme on l’a rencontré, un portrait de l’ami(e) de cœur, peint sur une fine lamelle d’ivoire.


Un collectionneur Bergeracois a rencontré  (ou possède) un décime de bronze, dans lequel était enroulé comme un serpentin, et dissimulé,  un très mince fil d’acier, qui pouvait devenir une redoutable arme d’attaque ou de défense.

On a aussi beaucoup raconté qu’il n’y avait pas,

pour une femme du monde évidemment, moyen plus sur et plus discret , pour dissimuler le poison destiné à une rivale.

Mais qu’elle qu’en soit sa destination finale, la fabrication d’une telle boite exige un savoir faire exceptionnel, la précision de l’emboitage, du filetage (plus tardif) ou du clip de fermeture sont tels qu’une fois la pièce refermée il ne subsiste aucune trace visible.

Elles ont encore l’avantage de laisser vagabonder notre imagination  fertile, qui leur trouvera une utilisation jusqu’à ce jour ignorée.

 

Paul Masson

Laurent Nesly

Auteur de plusieurs études et collectionneur actif (rationnement, cartes nominatives, cartes à jouer, bienfaisance, monnaie de nécessité, vieux papiers).

Une pensée sur “Collections – Les boîtes de forcat

  • 13 janvier 2020 à 13 h 31 min
    Permalink
    Bonjour,
    Meilleurs voeux à chacun ,
    L’article consacré aux monnaies de de forçat, de bagnard ,encore appelé boîte à secret peut ëtre complété par une étude publiée dans les bulletins du cercle d’études numismatiques par Jacques Bertrand
    Volume 49 N° 2 Mai-Aout 2012 page 67 -72
    Volume 49 N° 3 Septembre-décembre 2012 page 95 -106

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